Mark Mallett - Église et papauté : Un Corps fracturé - Dimanche 1 Novembre 2020

Publié le par monSeigneur et monDieu

L'Église n'entrera dans la gloire du Royaume qu'à travers cette ultime Pâque
où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection.

Catéchisme de l'Église catholique, n° 677

Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter,
tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine,
mais votre peine se changera en joie.

(Jean 16: 20)

Publié le 25 octobre 20 (anglais) - traduction française Dimanche 1 Novembre 2020

Lire le texte original en anglais sur le blog de Mark Mallett

Voulez-vous une bonne dose d'espérance aujourd'hui ? L'espérance naît, non dans le déni de la réalité, mais dans une foi vivante capable d'affronter la réalité.

La nuit où Il fut trahi, Jésus prit du pain, le rompit et dit : « Ceci est mon corps. » [1] Pareillement, en cette veille de la Passion de l'Église, Son Corps mystique semble sur le point de se briser, tandis qu'une nouvelle controverse vient de percuter la coque de la Barque de Pierre. Comment devrions-nous réagir ?

Comme je l'ai décrit dans Le grand naufrage ?, le problème qui nous préoccupe aujourd'hui réside essentiellement dans les paroles du Pape François que l'on peut entendre dans un récent documentaire (selon les sous-titres français) :

Les homosexuels ont le droit d'être dans la famille, ils sont les enfants de Dieu, ils ont le droit à une famille. On ne peut pas expulser quelqu'un d'une famille ou lui rendre la vie impossible à cause de cela. Ce que nous devons faire, c'est une loi de cohabitation civile, ils ont le droit d'être légalement couverts. J'ai défendu cela.

— cf. famillechretienne.fr, cath.ch ; 21 octobre 2020

Il s'en est suivi un pinaillage autour de ces paroles, les uns cherchant à savoir si François a l'intention de modifier l'enseignement de l'Église, les autres se demandant si le montage ne fait pas dire au Saint-Père autre chose que ce qu'il a voulu dire...

Mais cela n'a pas vraiment d'importance, et voici pourquoi.

 

Demande de clarification

Malgré les demandes répétées de clarification adressées au Vatican, aucune n'a encore été donnée à ce jour (bien qu'un membre du service des Communications du Vatican aurait déclaré que « des pourparlers sont en cours pour faire face à la crise médiatique actuelle. ») [2] Gerald O'Connell, un correspondant au Vatican, suppose ceci : « Mes années d'expérience dans la couverture du Vatican m'amènent à conclure que le bureau de presse est resté silencieux uniquement parce qu'il sait que c'est ce que veut le pape. » [3] D'après le Time, le réalisateur Evgeny Afineevsky « s'est retrouvé si proche de François à la fin du projet qu'il a montré le film au pape sur son iPad en août. » [4] Si tel est le cas, François a eu connaissance du contenu du documentaire et de la manière dont il serait présenté ce mois-ci, plusieurs mois avant sa première diffusion. Le Préfet du dicastère pour la communication du Vatican, Paolo Ruffini, a également vu le documentaire et en a fait l'éloge sans autre commentaire. [5]

L'importance de tout ceci n'a pas échappé au Père James Martin (jésuite américain), militant controversé pour les droits des homosexuels qui, en opposition ouverte avec l'enseignement de l'Église, vient de tweeter :

Qu'est-ce qui rend aujourd'hui les propos du Pape François en faveur des unions civiles entre personnes de même sexe si retentissants ? Premièrement, il les prononce en tant que Pape, pas en tant qu'archevêque de Buenos Aires. Deuxièmement, il soutient clairement, et pas simplement tolère, les unions civiles. Troisièmement, il les prononce face à la caméra, pas en privé. Historique.

twitter.com ; cf. lactualite.com

Pour mémoire, un prêtre [le Père Augustino Torres] a tenté d'expliquer que les sous-titres anglais sont une mauvaise traduction des paroles de François (ndtr, à savoir, que le Pape parlait de coexistence civile — « convivencia civil » en espagnol — et non d'union civile). Cependant, Mgr Victor Manuel Fernandez, conseiller théologien du Pape François, a déclaré que la traduction était exacte.

Mgr Victor Manuel Fernandez, un théologien qui a longtemps été proche du pape, a suggéré que l'expression utilisée par le pape signifie substantiellement la même chose que "union civile".

Agence de presse catholique, 22 octobre 2020

Tandis que les gros titres des journaux à travers le monde annoncent en chœur : « Une première : le Pape François souhaite légaliser l'union civile entre personnes de même sexe », des débats ont éclaté pour savoir de quelle façon la vidéo a été montée. Il s'avère que deux entretiens différents ont été combinés pour former la partie controversée. Les premières phrases ont été assemblées sur base d'un commentaire plus long qui, d'après le Père Gerald Murray de EWTN (chaîne d'information américaine catholique), aurait modifié le contexte d'origine des propos du Pape qui se rapportait à la famille (voir ici) :

Le Pape François parlait en fait du droit des homosexuels à ne pas être rejetés par leur propre famille, pas des homosexuels désireux de créer leur propre famille, vraisemblablement par le biais de l'adoption ou de la maternité de substitution. Le problème, cependant, reste que le Vatican a publiquement acclamé ce film.

— Père Gerald Murray, 24 octobre 2020 ; thecatholicthing.org

Mais c'est la seconde partie de la citation, dans laquelle le Pape semble souhaiter une loi d'union civile, qui a attiré le plus l'attention et suscité le plus la controverse. Celle-ci provient d'images brutes, puisées dans les archives du Vatican, d'un long entretien télévisé accordé au Pape François et réalisé par Valentina Alazraki, une journaliste mexicaine, en mai 2019. Catholic News Agency et O'Connell ont précisé le contexte de l'entretien en question :

Alazraki a demandé [au Pape François] : « Vous avez mené toute une bataille contre les mariages entre personnes de même sexe en Argentine. Et puis ils disent qu'il est venu ici, qu'il a été élu pape et que maintenant il semble beaucoup plus libéral qu'il ne l'était en Argentine. Vous reconnaissez-vous dans cette description de certaines personnes qui vous ont connu avant, et est-ce la grâce du Saint-Esprit qui vous a donné un nouvel élan ? (rires) »

Selon America Magazine, le pape a répondu que : « La grâce de l'Esprit Saint existe, bien sûr. J'ai toujours défendu la doctrine. Et c'est curieux, dans la loi sur le mariage homosexuel... il est incongru de parler de mariage homosexuel. Ce que nous devons faire [à la place], c'est une loi de cohabitation civile (ley de convivencia civil). Ils ont droit à une couverture juridique. J'ai défendu cela [en Argentine]. »

Catholic News Agency, 24 octobre 2020

Ndtr : la partie soulignée aurait été retirée par le Vatican de l'entretien de 2019 avant sa diffusion publique, puis récupérée (à dessein ?) dans ses archives et introduite dans le documentaire de 2020. Lire à ce propos Familles homosexuelles. Ce que le Pape a dit et ce que lui a fait dire Afineevsky.

Le contexte de ce compte rendu est clair : unions civiles plutôt que « mariage homosexuel ».

Le Pape François n'a pas hésité à réaffirmer à plusieurs reprises l'enseignement de l'Église sur le caractère sacré du mariage entre un homme et une femme, et il a rejeté sans équivoque toute notion de « mariage homosexuel » et d'« idéologie du genre ». [6] Néanmoins, quand on entend le Pape François dire dans ce documentaire, « J'ai défendu cela », à savoir les « unions civiles », cela confirme ce que deux biographes ont également rapporté par le passé à propos de son soutien à certaines formes d'unions civiles comme alternative au « mariage » homosexuel. Dans sa biographie du Pape François, le journaliste Austen Ivereigh écrit :

Bergoglio connaissait de nombreux homosexuels et en avait accompagné spirituellement plusieurs d'entre eux. Il connaissait le rejet dont ils avaient été l'objet de la part de leurs familles, et ce que représentait le fait de vivre dans la peur d'être mis à l'écart et battu. Il a déclaré à un militant homosexuel catholique, un ancien professeur de théologie du nom de Marcelo Márquez, qu'il favorisait les droits des homosexuels ainsi que la reconnaissance légale des unions civiles, auxquelles devraient aussi accéder les couples homosexuels. Mais il était totalement opposé à toute tentative de redéfinition du mariage dans la loi. « Il voulait défendre le mariage mais sans blesser la dignité de quiconque ni renforcer leur exclusion », explique un proche collaborateur du cardinal. « Il était en faveur de la plus large inclusion légale possible des homosexuels et de l'inscription de leurs droits humains dans la loi, mais il n'aurait jamais compromis le caractère unique du mariage consistant en l'union entre un homme et une femme pour le bien des enfants. »

The Great Reformer (Le grand réformateur), 2015 ; (p. 312)

Cette position a également été rappelée par Sergio Rubin, journaliste argentin et biographe autorisé du Pape François. [7] Rien de tout cela n'est nouveau, c'est une position largement connue depuis des années. Mais aucun pape n'a jamais dit cela face à une caméra.

Certains ont tenté de calmer cette controverse en soulignant les efforts de François pour soutenir une définition plus large de l'union civile afin d'inclure « deux personnes cohabitant depuis plus de deux ans, indépendamment de leur sexe ou de leur orientation sexuelle ». [8] Cela peut apparaître comme une façon de justifier les paroles du Saint-Père, cependant le documentaire présente cette question dans le contexte des couples homosexuels — et jusqu'à présent, ni François ni le bureau des communications du Vatican ne l'ont contesté.

De son côté, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sous la bénédiction de saint Jean-Paul II n'aurait pas pu être plus claire sur le fait d'apporter une quelconque forme de soutien aux unions civiles entre partenaires de même sexe.

Lorsqu'on est confronté à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles, ou au fait d'assimiler juridiquement les unions homosexuelles au mariage, leur donnant accès aux droits qui sont propres à ce dernier, on doit s'y opposer de manière claire et incisive. Il faut s'abstenir de toute forme de coopération formelle à la promulgation ou à l'application de lois si gravement injustes, et autant que possible ne pas coopérer matériellement à leur application. La légalisation des unions homosexuelles aurait comme résultat l'obscurcissement de la perception de certaines valeurs morales fondamentales et la dévaluation de l'institution matrimoniale... tous les fidèles sont tenus à s'opposer à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles.

Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles ; n° 5, 6, 10

Donc, comme on dit, « le mal est fait ». Alors que j'écrivais cet article, le Père James Martin était sur CNN déclarant au monde entier :

Ce n'est pas simplement qu'il le tolère, il le soutient... [Le Pape François] a peut-être, en un sens, comme on dit dans l'Église, développé sa propre doctrine... Nous devons tenir compte du fait que le chef de l'Église a aujourd'hui déclaré qu'il pense que les unions civiles sont une bonne chose. Et nous ne pouvons pas rejeter cela... Les évêques et les fidèles ne peuvent pas rejeter cela aussi facilement qu'ils le voudraient. C'est en un sens, c'est une sorte d'enseignement qu'il nous donne.

CNN.com

 

Aux Philippines, Harry Roque, porte-parole du président Rodrigo Duterte, a déclaré que ce dernier soutenait depuis longtemps les unions civiles entre personnes de même sexe et que l'approbation du Pape pourrait enfin persuader les législateurs de les approuver au Congrès.

 

Avec rien de moins que le soutien du Pape, je pense que même le plus conservateur de tous les catholiques au Congrès ne devrait plus avoir de raison de s'y opposer.

— 22 octobre 2020, Associated Press

C'est ce qu'avait prédit l'évêque philippin à la retraite, Mgr Arturo Bastes :

C'est une déclaration choquante de la part du Pape. Je suis vraiment scandalisé par sa défense de l'union homosexuelle, ce qui encourage assurément les actes immoraux.

— 22 octobre 2020 ; thehill.com (note : François n'a nullement défendu les unions homosexuelles mais a parlé de coexistence civile)

Un autre évêque partage un avis divergeant :

Si nous voulons apporter de l'amour, du bonheur et de la dignité, nous ne devrions pas essayer de rendre la vie des gens impossible en nous opposant à des choses comme les unions civiles.

— Mgr Richard Grecco, Charlottetown, PEI, Canada; October 26th, 2020; cbc.ca

Il devient ainsi de plus en plus évident que nous vivons le message de Notre Dame d'Akita qui nous avertissait que « des cardinaux s'opposeront à des cardinaux, et des évêques à d'autres évêques... L'Église sera pleine de ceux qui acceptent des compromissions... »

Un autre exemple est celui du président vénézuélien Nicolas Maduro qui, citant les propos du Pape François, a demandé à l'Assemblée nationale de son pays d'inclure désormais le mariage homosexuel dans leur discussion au cours du prochain mandat. [9]

Que le documentaire ait déformé ou non les propos du Pape, que ses paroles de soutien aux unions civiles aient été destinées ou non au grand public, qu'il s'agisse d'une erreur de traduction ou que ce qu'on y entend reflète précisément la pensée du Pape... la façon dont ces paroles ont été retransmises laisse penser que le Pape est en train de « rénover » la Barque de Pierre.

Malheureusement, celle-ci a en vérité heurté un haut-fond rocheux qui commence à diviser l'Église...

Schisme ?

Les conséquences se feront sentir pendant un certain temps, même si ces propos finissaient par être clarifié. Les catholiques sont en colère et frustrés, se sentent trahis et désorientés, particulièrement après les années de parfaite clarté théologique de Jean-Paul II et Benoît XVI. L'évêque Joseph Strickland, dans un moment de franche honnêteté, a récemment fait écho à l'avertissement du Pape saint Paul VI, qui nous annonçait au siècle dernier que « les fumées de Satan se sont introduites par quelque fissure dans l'Église. » [10]

Je ne mets certainement pas toute la responsabilité sur le Pape François. La machine du Vatican, le mal règne là-bas. Il y a des ténèbres au Vatican. Je veux dire, c'est très clair.

— Mgr Joseph Strickland, 22 octobre 2020 ; ncronline.org

Ce sont des mots douloureux à entendre. Mais ils ne devraient pas nous surprendre. Il y a 2000 ans, saint Paul prévenait :

Moi, je sais qu'après mon départ, des loups redoutables s'introduiront chez vous et n'épargneront pas le troupeau. Même du milieu de vous surgiront des hommes qui tiendront des discours pervers pour entraîner les disciples à leur suite.

Actes 20: 29-30

... nous le voyons aujourd'hui de façon réellement terrifiante : la plus grande persécution contre l'Église ne vient pas d'ennemis du dehors, mais elle naît du péché dans l'Église.

— PAPE BENOÎT XVI, entretien à bord du vol à destination de Lisbonne, Portugal, 12 mai 2010 ; Zenit.org ; lire L'Heure de Judas

Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups.

— PAPE BENOÎT XVI, Homélie inaugurale, 24 avril 2005, Place Saint-Pierre ; vatican.va

Cette controverse a le potentiel de déclencher une vague de nouvelles lois et de persécutions contre l'Église, sans précédent dans l'histoire récente de l'Occident. Bien sûr, j'avertis mes lecteurs à ce sujet depuis des décennies, mais la façon dont cela semble se produire n'en est pas moins douloureuse. D'après moi, cela n'a rien à voir avec le Pape François. Il s'agit de Jésus. Il s'agit de le défendre Lui, de défendre la vérité pour laquelle le Christ a donné Sa vie afin que nous soyons libres. Il s'agit du salut des âmes. J'ai plusieurs lecteurs qui ressentent une attirance envers les personnes de même sexe, qui luttent contre cette tendance, et que j'aime sincèrement. Ils méritent que nos bergers leur enseigne la vérité dans la charité.

Parler de schisme, comme le font certains, est certes spirituellement imprudent, mais une telle éventualité n'en est pas moins réelle. Pourtant, comme l'a prévenu saint Cyprien de Carthage :

Celui qui ne reste pas attaché à cette unité de Pierre, est-ce qu'il peut croire qu'il reste attaché à la foi ? Celui qui abandonne le siège de Pierre, lui sur qui l'Église est construite, est-ce qu'il peut affirmer : « Moi, je suis dans l'Église » ?

— Saint Cyprien, évêque de Carthage, L'unité de l'Église, n° 4 (PDF) ; The Faith of the Early Fathers, Vol. 1, pp. 220-221

Je m'étonne que vous abandonniez si vite celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, et que vous passiez à un Évangile différent... En effet, si le premier venu vous annonce un autre Jésus, un Jésus que nous n'avons pas annoncé, si vous recevez un esprit différent de celui que vous avez reçu, ou un Évangile différent de celui que vous avez accueilli, vous le supportez fort bien ! ... [Or il n'y a pas d'autre Évangile] : il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent changer l'Évangile du Christ... Nous l'avons déjà dit, et je le répète encore : si quelqu'un vous annonce un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème !

Ga 1: 6 ; 2 Co 11: 4 ; Ga 1: 7-9 (ajout)

L'appel lancé par certains cardinaux et évêques à l'adresse de théologiens renommés, tels que Scott Hahn, pour qu'il soit demandé au Pape François de clarifier ses propos, ne constitue pas une attaque contre la papauté mais vise, en réalité, à aider le Pape afin que, d'une part, ne soient pas induites en erreur ces âmes aux prises avec une attirance sexuelle envers le même sexe, et d'autre part soit préservée l'intégrité de l'office de Pierre. Pour être absolument clair, j'ai et je continuerai de défendre notre Église et nos papes lorsque la justice et la fidélité l'exigent. Certaines personnes, dont un prêtre, ont tenté de m'inciter à la révolte contre le Saint-Père. J'ai été menacé, traité de franc-maçon et attaqué verbalement par d'autres personnes parce que je me refuse à adopter l'« herméneutique de la suspicion » consistant à analyser chaque mot et chaque action du Pape à travers un filtre négatif, qui juge ses intentions plutôt que de chercher à les comprendre.

Pour éviter le jugement téméraire... Tout bon chrétien doit être plus prompt à sauver la proposition du prochain qu'à la condamner. Si l'on ne peut la sauver, qu'on lui demande comment il la comprend ; et s'il la comprend mal, qu'on le corrige avec amour ; et si cela ne suffit pas, qu'on cherche tous les moyens adaptés pour qu'en la comprenant bien il se sauve.

Catéchisme de l'Église catholique, n° 2478

Oui, c'est une voie à double sens. Ceux qui ont fait preuve de compréhension en donnant à François le bénéfice du doute, attendent maintenant que le Vicaire du Christ les aide s'ils ont en quelque sorte « mal » compris ce documentaire. Nous ne devons pas pour autant nous laisser intimider par ces voix qui, prétendant « défendre la vérité », négligent le devoir de charité en accusant ceux d'entre nous qui choisissent de rester en esprit d'unité avec le Saint-Père, de trahir en quelque sorte le Christ. Ces personnes considèrent leurs intimidations et leurs insultes comme une vertu et notre fidélité et notre patience comme une faiblesse. Le message de Notre Dame de Medjugorje aujourd'hui est particulièrement d'à-propos :

Satan est fort et il se bat pour attirer le plus de cœurs possible à lui. Il veut la guerre et la haine. C'est pourquoi je suis avec vous depuis si longtemps, afin de vous guider sur le chemin du salut vers Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Revenez, petits enfants, à l'amour envers Dieu, et il sera votre force et votre refuge.

— 25 octobre 2020 Message à Marija ; enfantsdemedjugorje.fr

Mais les saints nous ont indiqué comment écraser la tête de Satan — par l'humilité et la docilité :

Même si le Pape était Satan incarné, nous ne devons pas nous révolter contre lui... Je sais très bien que beaucoup tentent de se justifier en fanfaronnant : « Ils sont tellement corrompus et leurs œuvres sont mauvaises ! » Mais Dieu a ordonné que, même si les prêtres, les pasteurs, les représentants du Christ sur terre étaient le mal incarné, nous leur devons obéissance et soumission, non pas à cause de leur personne, mais par amour pour Dieu et pour l'obéissance que nous devons avoir envers Lui.

St. Catherine of Siena, SCS, p. 201-202, p. 222, (cité dans Apostolic Digest, par Michael Malone, Livre 5 : « The Book of Obedience », chapitre 1: « There is No Salvation Without Personal Submission to the Pope ») En Luc 10: 16, Jésus dit à Ses disciples : « Celui qui vous écoute m'écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m'a envoyé. »

Aujourd'hui, celui qui n'est pas avec le Pape ne réussira pas à demeurer dans la Vérité. Les séductions du Malin sont devenues si insidieuses et dangereuses qu'elles parviennent à tromper n'importe qui. Même les bons peuvent tomber. Même les maîtres et les sages peuvent tomber. Les Prêtres et même les Évêques peuvent tomber. Ne tomberont jamais ceux qui sont toujours avec le Pape. Voilà pourquoi Je veux faire de vous une cohorte organisée, attentive, obéissante et docile aux désirs mêmes de mon premier fils de prédilection, le Vicaire de mon Jésus.

— Notre Dame au Père Stefano Gobbi, 7 août 1976, Aux Prêtres, Fils de prédilection de la Vierge, Mouvement Sacerdotal Marial (ajout)

Ma position est celle du cardinal Gerhard Müller :

Le pape François avec le cardinal Müller. Crédit: Paul Haring / CNS
Le Pape François avec le Cardinal Müller.Crédit: Paul Haring/CNS@ Vatican Media

« Il existe un front de groupes traditionalistes, tout comme il y en a chez les progressistes, qui voudrait me voir diriger un mouvement contre le Pape. Mais je ne ferai jamais cela... Je crois en l'unité de l'Église et je ne permettrai à personne d'exploiter mes expériences négatives de ces derniers mois. Les autorités dans l'Église doivent par contre écouter ceux qui ont des questions sérieuses ou des plaintes justifiées ; non pas les ignorer, ou pire, humilier leurs auteurs. Autrement, sans le vouloir, nous risquons d'accroître le danger d'un schisme, d'une lente séparation d'une partie du monde catholique, désorientée et désabusée. »

— Le cardinal Gerhard Müller, ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ; Corriere della Sera, 26 novembre 2017 ; citation des Lettres du Journal de Robert Moynihan (fondateur et rédacteur en chef du magazine Inside the Vatican), n° 64, 27 novembre 2017

Un haut responsable de l'Église orthodoxe russe avertit que cette dernière controverse aura pour conséquence que des catholiques vont « se convertir en masse à l'orthodoxie et au protestantisme. » [11] Bien que je pense que ce soit un rien exagéré, je connais déjà une personne ayant sauté par-dessus bord à cause de ce genre de controverses entourant la papauté, et j'en vois d'autres qui hésitent à leur emboîter le pas.

Mais, alors que nous voyons les vagues déferler sur la Barque, et au risque d'entendre Notre Seigneur nous réprimander en nous demandant : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N'avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4: 37-40) — il nous faut, quant à nous...

... vivre toujours plus avec la certitude profonde que le Seigneur n'abandonne pas son Église, même si parfois la barque est presque sur le point de chavirer.

— Pape émérite Benoît XVI, à l'occasion de la messe funéraire du cardinal Joachim Meisner, le 15 juillet 2017 ; diakonos.be

Si l'Église est effectivement en train de suivre son Seigneur dans sa propre Passion, nous aurons à vivre une grande part de ce que Notre Seigneur et les apôtres ont eux-mêmes vécu — y compris la confusion, la division et le chaos de Gethsémani — au milieu d'une meute de loups.

Oui, il existe des prêtres, des évêques et même des cardinaux infidèles qui manquent à la chasteté mais aussi, et c'est tout aussi grave, à la vérité de la doctrine ! Ils désorientent les fidèles par leur langage confus, ambigu et liquide. Ils trahissent et falsifient la Parole de Dieu, prêts à la tordre et à la déformer pour obtenir l'approbation du monde. Ce sont les Judas Iscariote de notre époque.

— Cardinal Robert Sarah, 5 avril 2019 ; cf. « Avoir honte de Jésus », Cardinal Sarah : « le problème est qu'il y a des prêtres, des évêques et même des cardinaux infidèles » et « La peur est la grande faiblesse de l'Église aujourd'hui »

 

Notre réponse devrait être la prière du cœur

En rapportant les événements de Gethsémani, Luc écrit :

Puis Jésus se releva de sa prière et rejoignit ses disciples qu'il trouva endormis, accablés de tristesse.

Lc 22: 45

Je sais que vous, la petite cohorte de Notre Dame, êtes fatigués. Beaucoup sont affligés et sidérés par les événements qui se déroulent quotidiennement, aussi bien dans l'Église que dans le monde. La tentation serait de fermer les yeux, d'ignorer tout cela, de fuir, de se cacher, voire de dormir. Pourtant, au risque de sombrer dans le désespoir et l'apitoiement sur soi, j'ai le sentiment aujourd'hui que Notre Dame cherche à nous secouer, à nous dire comme Jésus à Ses apôtres :

Pourquoi dormez-vous ? Relevez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation.

Lc 22: 46

Jésus ne leur a pas dit : « Oh, vous m'avez l'air bien tristes. Allez, rendormez-vous pour oublier tout ça, mes chers petits. » Non ! Levez-vous, soyez des hommes et des femmes de Dieu, soyez de vrais disciples et faites face à ce qui s'en vient de manière proactive, dans la prière. Pourquoi la prière ? Parce que la Passion était en définitive un test visant à éprouver la solidité de leur relation avec Jésus.

... la prière est la relation vivante des enfants de Dieu avec leur Père infiniment bon, avec son Fils Jésus Christ et avec l'Esprit Saint. La grâce du Royaume est « l'union de la Sainte Trinité tout entière avec l'esprit [humain] tout entier. »

Catéchisme de l'Église catholique, n° 2565

Avez-vous remarqué à quel point il est difficile de prier ces temps-ci ? Oui, c'est ainsi que nos âmes finissent par s'assoupir, en laissant la tristesse et le découragement, la tentation et le péché nous distraire de notre union à Dieu. De la sorte, nous devenons insensibles à la voix du Seigneur et si nous laissons cet état persister, nous devenons aveugles.

Jésus dit aux siens: demeurez ici et veillez; et cet appel à la vigilance concerne précisément ce moment d'angoisse, de menace, au cours duquel arrivera le traître, mais il concerne toute l'histoire de l'Eglise. C'est un message permanent pour tous les temps, car la somnolence des disciples était le problème non seulement de ce moment, mais est le problème de toute l'histoire. La question est de savoir en quoi consiste cette somnolence, et en quoi consisterait la vigilance à laquelle le Seigneur nous invite. Je dirais que la somnolence des disciples tout au long de l'histoire est un certain manque de sensibilité de l'âme pour le pouvoir du mal, un manque de sensibilité pour tout le mal du monde. Nous ne voulons pas nous laisser trop troubler par ces choses, nous voulons les oublier: nous pensons que peut-être ce ne sera pas si grave, et nous oublions. Et il ne s'agit pas seulement de manque de sensibilité pour le mal, alors que nous devrions veiller pour faire le bien... C'est un manque de sensibilité pour Dieu: telle est notre véritable somnolence; ce manque de sensibilité pour la présence de Dieu qui nous rend insensibles également au mal. Nous ne sentons pas Dieu — cela nous dérangerait — et ainsi, nous ne sentons pas non plus naturellement la force du mal et nous restons sur le chemin de notre confort. [Tout comme les] disciples, [les] défenseurs de Jésus, [les] apôtres... nous ne voyons pas... ne voulons pas voir toute la force du mal, et... ne voulons pas entrer dans sa passion...

— PAPE BENOÎT XVI, Audience général, 20 avril 2011 ; Vatican.va

Alors que je commençais à écrire cet article, un lecteur m'a envoyé ceci :

L'Église est actuellement au milieu de sa Passion, la Passion du Christ... C'est une période choquante dans l'histoire de l'Église, une période brutale. Elle est mourante, et les catholiques doivent s'en affliger de peur que nous ne tombions dans le déni — tout en tournant nos regards, avec les yeux de l'espérance, vers la résurrection qui suivra.

— Matthew Bates

Parfaitement dit. J'écris depuis quinze ans au sujet de cette prochaine Passion de l'Église (tout en secouant mes frères et sœurs pour les garder éveillés !) et aujourd'hui, nous y sommes. Pourtant, ce n'est pas un appel à la peur et à la terreur mais à la foi et au courage, et par-dessus tout à l'espérance. La Passion n'est pas la fin mais le début de l'ultime étape : la sanctification de l'Église. Dieu ne permet-il pas tout cela, en définitive, pour que tout puisse concourir au bien de ceux qui l'aiment ? [12] Le Seigneur abandonnerait-il Son Épouse ? [13]

La Barque de Pierre n'est pas comme les autres navires. La Barque de Pierre, malgré les vagues, reste ferme parce que Jésus est à son bord, et Il ne la quittera jamais.

— Le cardinal Louis Raphael Sako, patriarche de l'Église chaldéenne à Bagdad, Iraq ; 11 novembre 2018, « Défendre l'Église contre ceux qui cherchent à la détruire », mississippicatholic.com

Le Corps mystique du Christ est en train de se fracturer de toutes parts, il ploie sous le poids des divisions croissantes qui ont commencé à émaner d'une faille sous Rome. Comme je l'ai dit dans Le grand naufrage ?, le seul côté que nous devons choisir est celui de l'Évangile. Nous devons donner au Saint-Père le bénéfice du doute et une chance de clarifier ses propos. Mais en fin de compte, nous devons continuer de proclamer l'Évangile clairement et de vive voix. Si « la vérité nous rend libres », alors le monde a le droit de connaître cette vérité !

Ce n'est pas le moment d'avoir honte de l'Évangile. Le temps est venu de le proclamer au-dessus des toits.

— Pape saint Jean Paul II, Homélie au Parc d'État de Cherry Creek, Denver, Colorado, 15 août 1993 ; Vatican.va

... [l'Église] pense que ces multitudes ont le droit de connaître la richesse du mystère du Christ dans laquelle nous croyons que toute l'humanité peut trouver, dans une plénitude insoupçonnable, tout ce qu'elle cherche à tâtons au sujet de Dieu, de l'homme et de son destin, de la vie et de la mort, de la vérité.

— PAPE SAINT PAUL VI, Evangelii Nuntiandi, n° 53; Vatican.va

Le Christ demande à dîner avec des hétérosexuels, des homosexuels et des pécheurs de tous bords, précisément pour les délivrer de l'emprise du péché. Le message d'amour et de miséricorde que François s'est efforcé de transmettre à ceux qui sont loin de l'Église a, pour être honnête, encouragé beaucoup de fidèles à redécouvrir le sacrement de réconcilation et à revenir vers le Christ. Dans l'obéissance au Vicaire du Christ, nous devons aussi répondre à l'appel, qui est celui du Christ, à aller jusqu'aux extrémités de la terre à la recherche de la brebis perdue.

... nous sommes tous invités à accepter cet appel à sortir de notre propre zone de confort et avoir le courage de rejoindre toutes les "périphéries" qui ont besoin de la lumière de l'Évangile.

— PAPE FRANÇOIS, Evangelii Gaudium, n° 20

Jésus nous commande à chacun d'être en phase avec Sa Parole, avec la vérité, avec la réalité, avec son propre sexe biologique et les uns avec les autres pour que, en définitive, nous puissions ne faire qu'un avec Lui.

Jésus est exigeant car il veut notre bonheur authentique.

— PAPE JEAN PAUL II, Message des Journées Mondiales de la Jeunesse 2005, Cité du Vatican, 6 août 2004, Zenit.org

L'Évangile est un message d'amour, un amour incroyable de Dieu pour les pauvres pécheurs. Mais [comme nous l'avons entendu dans les lectures du 24 octobre], c'est aussi un Évangile exigeant, qui met face aux conséquences de leurs choix ceux qui choisissent de le rejeter :

Allez dans le monde entier. Proclamez l'Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.

Mc 16: 15-16

... celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.

Mt 5: 19 (ajout)

Entrer dans la Passion du Christ consiste dès lors à devenir un « signe de contradiction » [14], un objet de rejet, tout comme le fut le Seigneur. Nous devons nous préparer à cette persécution. Et à cette fin, le temps des douleurs dans lequel nous entrons fait lui-même partie de la Passion.

Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois...

Lc 12: 51-52

Seigneur, vers qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
(Jean 6: 68)

Mark Mallett
The Body, Breaking


[1] cf. Lc 22: 19
[2] 24 octobre 2020 ; fr24news.com
[3] americamagazine.org
[4] 21 octobre 2020 ; time.com
[5] Catholic News Agency, 22 octobre 2020
[6] lire L'enseignement du Pape François...
[7] apnews.com
[8] Austen Ivereigh, The Great Reformer, p. 312
[9] 22 octobre 2020 ; reuters.com
[10] Homélie, 29 juin 1972 ; laportelatine.org ; lire Que voulait dire Paul VI en disant « la fumée de Satan est entrée dans l'Église » ?
[11] themoscowtimes.com
[12] cf. Rm 8: 28
[13] cf. Mt 28: 20
[14] Lc 2: 34

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